Point presse mensuel de juillet 2011

Bonjour à tous.

G20 et B20

Dans quelques mois, le 2 et 3 novembre 2011, va se tenir le sommet du G20 sous présidence française à Cannes. Comme je vous l’ai indiqué dans une conférence de presse précédente, ce sommet est précédé d’un autre sommet, d’une rencontre de haut niveau qui s’intitule le B20. Je voudrais vous repréciser ce qu’est le B20. En 2007, le BDI, c’est-à-dire l’équivalent allemand du Medef, a proposé d’organiser régulièrement, avant chaque sommet du G8, une rencontre des organisations patronales des pays membres du G8. Quand la crise de septembre 2008 a éclaté avec la chute de Lehmans Brothers, le Medef a pris l’initiative de réunir en urgence ces différents patronats. Et pendant tous les premiers mois de gestion de la crise, nous avons appris à travailler intensément ensemble et à formuler des diagnostics et des recommandations communes à nos gouvernements. Quand ces gouvernements ont eux-mêmes décidé de passer d’un stade de réflexion limité au G8 à une ébauche de prise de décision au niveau du G20, nous avons également décidé de passer d’un B8, Business 8, à un B20, Business 20. A partir de ce moment-là et au fur et à mesure des sommets qui se sont tenus à Toronto, à Séoul notamment, différentes configurations de B20 ont vu le jour. Il est possible, il est possible que la configuration de B20 qui est en train de se dessiner aujourd’hui fasse partie d’une nouvelle gouvernance mondiale qui est en train de naître. Et ce, d’autant qu’en même temps qu’un sommet B20 est en train de se préparer, nous participons également aux premiers échanges de mise en place d’un sommet social, un S20, qui pourrait également avoir lieu au même moment. Je crois que ce sont des éléments qui sont tout-à-fait importants qu’il est encore assez difficile d’appréhender, très difficile de mesurer l’impact possible et même la contribution réelle. Mais si je commence d’emblée ma conférence de presse par ce dossier, c’est parce que je souhaite vous dire à quel point il convient de surveiller de près ce qui est en train de se faire car c’est peut-être quelque chose de très nouveau qui est en train d’émerger. Et d’ailleurs, dès ce samedi, il y aura une réunion qui va se tenir à Bercy qui va rassembler une délégation du B20 et les représentants des gouverneurs de Banques centrales et les directeurs de Trésor de tous les pays du G20. Au cours de cette réunion qui aura lieu toute la journée de samedi, nous allons échanger entre représentants du secteur privé à l’échelle de la planète et les principaux acteurs économiques et financiers de la planète, donc les gouverneurs et les directeurs du Trésor, nous allons échanger à la fois sur la situation économique aujourd’hui, et j’y reviendrai, sur la question du financement des entreprises, qui est une question qui nous préoccupe tous, car nous sommes très inquiets de l’application prévue des nouvelles normes de Bâle III. Nous aborderons la question de l’assainissement des finances publiques des différents pays et enfin, celle de la croissance des petites et moyennes entreprises, car nous considérons tous que la création d’emplois pour l’avenir passe par les petites et moyennes entreprises. Donc, cette réunion nous semble vraiment importante et surtout, totalement nouvelle dans sa modalité.

Université d’été du Medef

Ceci me permet de vous dire aussi que notre Université d’été, qui se tiendra le 31 août, 1er et 2 septembre, va s’intituler « Villages et Planètes : objectif B20 ». Autrement dit, à l’occasion de notre Université d’été, nous nous attacherons à examiner tous les enjeux qui sont au cœur du B20 et du G20. Et viendront participer à cette Université d’été des décideurs, des chercheurs, des chefs d’entreprise issus des pays que représente le G20. Je pense que le monde d’aujourd’hui est un monde qui est vraiment international, c’est assez étrange de dire les choses comme ça, mais c’est pour vous expliquer que même quand on est dirigeant de PME aujourd’hui, ce qui se passe au Japon, au Brésil ou aux Etats-Unis a une énorme importance pour son avenir. Et je voudrais ainsi faire le lien avec la situation économique et le point de conjoncture que nous avons présenté hier en Conseil exécutif.

Conjoncture


Monde : croissance toujours soutenue mais qui se modère

Quand on regarde sur le premier chart la situation générale, mondiale, on se dit que, évidemment, nous avons récupéré très largement, depuis la grave crise de fin 2008 et 2009, mais en même temps, nous sommes tous frappés de constater que la croissance n’arrive pas à maintenir le rythme soutenu qu’elle avait il y a encore quelques trimestres, et nous ne voyons pas, pour le moment, la possibilité de retrouver les rythmes que nous avons connus dans les années 2000. Et c’est bien cela peut-être la nouveauté que la crise nous apporte. Aujourd’hui, et c’est le message que nous voulons faire passer, aujourd’hui, nous ne pouvons pas dire « nous sommes pessimistes ». Nous ne pouvons pas dire non plus : « nous sommes optimistes ». Ce que nous pouvons dire aujourd’hui, c’est que nous devons être vigilants. C’est que nous devons être créatifs, c’est que nous devons continuer à faire des efforts. Ce qui a changé au fond, depuis la crise, c’est que la normalité qui existait avant, n’existe plus. Ce qui a changé depuis la crise, c’est qu’il y a des paradoxes, des incertitudes dans chaque lieu, à chaque instant. Et que, bien souvent, l’avenir économique, l’évolution de la situation économique dépend de critères que nous ne pouvons pas maîtriser, particulièrement nous, en France. Hier, le Medef a reçu tout le Conseil exécutif du Keidanren, c’est-à-dire le patronat japonais. C’était une rencontre, vous l’avez compris, de très haut niveau, mais tout-à-fait intéressante pour échanger et évaluer les délais de remise en route de l’économie japonaise et en particulier de son industrie qui est si importante pour toute notre supply chain. Vous voyez bien qu’un risque comme celui-ci n’était pas prévisible. Je vais vous donner un autre exemple et je reparlerai un peu plus en avant des Etats-Unis, les difficultés rencontrées actuellement par le gouvernement américain pour faire évoluer le plafond des déficits, est une difficulté majeure et qui, selon qu’elle se résout ou pas, et la façon dont elle se résout, peut profondément changer nos perspectives économiques. Donc, l’objectif que nous devons avoir, c’est la vigilance.


un rebond fort au 1er trimestre 2011

Ceci dit, on voit, si nous examinons la situation française, des indicateurs tout-à-fait rassurants, tout-à-faits encourageants. Vous avez ici l’indicateur que vous connaissez, qui montre bien le fort rebond que nous avons connu au premier trimestre 2011, c’est le + 3,9, et même si nous savons que ce rebond est très lié à des éléments de reprise technique compte tenu des difficultés des deux trimestres précédents, nous y voyons un signe tout-à-fait encourageant.


France : stabilisation de la production industrielle en mars et avril

De la même façon, quand on regarde l’évolution de la production, vous avez sur la courbe bleue la remontée de la production industrielle française depuis les moments difficiles de 2009. Evidemment, je serai obligée de nuancer cette remontée de la production française par la comparaison avec l’évolution allemande. Vous voyez que si on compare la croissance de la courbe allemande à la croissance de la courbe française sur les douze derniers mois, on est à  + 5 % dans la courbe française, alors qu’on est aux alentours de + 15 % dans la courbe allemande. Mais néanmoins, les choses vont dans le bon sens.


France : orientation favorable des commandes grâce à la demande étrangère

et l’autre signe tout-à-fait encourageant, c’est l’orientation très favorable des commandes. Là aussi, nous sommes uniquement sur la France, vous voyez que les commandes étrangères, c’est la courbe rouge, progressent vraiment d’une manière continue depuis maintenant plusieurs mois, et la commande étrangère est aujourd’hui supérieure à la demande purement nationale, enfin, pardon, elle se démarque par rapport à l’ensemble de la demande d’une manière telle que nous avons le sentiment de bien profiter de la croissance globale.


182 000 emplois créés dans les entreprises depuis un an

L’autre signal vraiment positif, même s’il n’est pas encore suffisamment fort pour être totalement satisfaisant, c’est la création d’emplois dans les entreprises. Nous n’avons pas cessé d’améliorer la situation, là aussi, ces douze derniers mois, et en particulier au cours du dernier trimestre.


L’industrie et la construction ont cessé de perdre des emplois au 1er trimestre 2011

D’ailleurs, si l’on fait un focus plus particulier sur la création d’emplois par secteurs d’activité, ce qui me semble tout-à-fait intéressant à souligner, vous avez sur la partie gauche du tableau l’évolution globale, et puis vous avez les différents secteurs, l’industrie, la construction, le tertiaire et l’intérim, et vous voyez que, au cours du premier trimestre 2011, tous les secteurs d’activité français ont été créateurs nets d’emplois. Tous les secteurs. Ca, c’est quand même la marque du début de l’année 2011, c’est vraiment une marque positive et encore une fois, encourageante.


Accélération des dépenses des entreprises

Ce qui va également dans le même sens, c’est l’accélération des dépenses des entreprises. Vous voyez que la phase de déstockage dont on avait beaucoup parlé pendant la crise est terminée, est que l’on est, au contraire, désormais dans une phase de restockage, et avec une courbe sur les investissements purs, c’est-à-dire hors effets de stocks, courbe bleue, qui est bien pointée vers le haut. Donc, là aussi, c’est à mettre du côté des signaux positifs.


Redressement des profits bruts, fléchissement des profits nets

Et puis, dernier signal, qui est évidemment très regardé par les analystes économiques qui sont soucieux de la santé des entreprises, nous avons sans aucun doute, sur 2011, un redressement des profits bruts des entreprises. Vous voyez que sur les profits nets pardon, la situation est un peu différente. La différence, c’est la pression fiscale, mais je m’attarderai pas ce matin en tout cas sur le sujet, on parlera peut-être fiscalité un jour, pour le moment, je veux voir d’abord cette bonne nouvelle qui est le retour à un niveau acceptable des profits.


Foret reprise des budgets d’investissements dans l’industrie en 2011


Entreprises : la demande de crédits s’accélère

Et évidemment, fort logiquement on voit du coup une reprise des budgets d’investissement des entreprises, avec son corollaire, une accélération de la demande de crédits.


Zone euro : fort rebond au 1er trimestre 2011

Des signaux, donc, encourageants, et je voudrais tout de suite passer de la France à la zone euro. Là aussi, mesurons l’amélioration de la situation et ayons à l’esprit que dans l’ensemble de la zone euro, il y a eu un fort rebond de la croissance au premier trimestre 2011, + 3,3, ce qui donne + 2,5 en rythme annuel. Nous sommes donc dans, là aussi, quelque chose d’intéressant pour évaluer la situation et la performance de la zone euro. Ce n’est pas neutre de dire cela. A un moment où aux yeux de certains, la zone euro est déstabilisée, à un moment où par d’autres elle est surtout violemment critiquée, mesurons bien que la zone qui est inscrite dans l’ensemble de l’Union européenne et qui donc fait partie de la première puissance économique mondiale est dans une forme qui n’est pas si mauvaise que cela. J’insiste sur une chose : l’Europe, au-delà de la zone euro, l’Europe est la première puissance économique mondiale devant les Etats-Unis, devant le paquet global que l’on pourrait faire en additionnant la Chine, l’Inde et le Brésil et l’Afrique du Sud.


Zone euro : un début 2011 très inégal

Alors, évidemment, il y a une inégalité au sein de la zone euro. Et on a tous à l’esprit la gravité de la situation grecque. Vous le voyez d’ailleurs sur ce graphique, avec le plongeon du PIB grec que le premier trimestre 2011.  Mais voyons aussi que pour un certain nombre de pays-clefs de la zone euro, nous avons eu des croissances de premier trimestre vraiment très bonnes. Et je voudrais attirer votre attention sur la Finlande par exemple. La Finlande compense bien, d’une certaine façon, la Grèce. Et puis, évidemment, on a avec l’Allemagne et la France des atouts très forts.


Zone euro : le frein des déficits publics


Zone euro : les taux sur les dettes souveraines reflètent un déséquilibre de nature inédite

Pourquoi j’insiste là-dessus ? Et j’arrive, peut-être, au chart le plus important de ce que nous souhaitions vous dire ce matin. Vous voyez dans ce graphique, l’évolution des déficits publics des principaux pays de la zone euro en pourcentage du PIB. Le bleu clair, c’est 2008, ensuite, le bleu un petit peu plus soutenu, c’est 2009, le bleu encore plus soutenu, c’est 2010 et le bleu équivalent à celui du drapeau français, c’est 2011. Nous avons évidemment, pour quelques pays, l’Irlande, la Grèce, l’Espagne, des situations de déficits et de ratios de déficits par rapport au PIB tout-à-fait préoccupants. Mais le reste est dans une zone que nous pourrions qualifier de pas tout-à-fait satisfaisante, et qui n’est pas non plus dramatique. Et nous savons que si nous continuons tous à faire le travail et les efforts que beaucoup d’entre nous ont déjà accomplis, l’Allemagne depuis plusieurs années, la France depuis quelques années notamment avec la réforme des retraites, eh bien nous savons que si nous continuons sur cette voie des efforts, nous aurons globalement une situation tout-à-fait acceptable des déficits. Or cette question est clef, y compris pour résoudre la question grecque. La question de la Grèce, vis-à-vis des marchés, ce n’est pas tellement la question de la seule solvabilité de la Grèce mais c’est bien plutôt la question de la solvabilité de l’ensemble de la zone euro. Or, on voit bien qu’avec ces niveaux de déficits qu’il conviendrait de réduire encore mais qui sont quand même encore une fois dans des zones gérables, et le niveau de croissance que je vous ai indiqué précédemment, la question de la solvabilité de la zone euro ne se pose pas. Nous avons donc une Europe et à l’intérieur de l’Europe une zone euro qui est la première puissance économique du monde, qui a des déficits certes encore excessifs mais dont on sent bien que la réduction est à portée de main. Tout ceci pour vous dire que quand nous disons notre confiance dans l’Europe, notre confiance dans la zone euro, notre confiance dans l’euro, ce ne sont pas de simples déclarations de principe. C’est bien sûr le signe de l’attachement au travail considérable que, depuis des décennies, nous faisons tous pour la construction européenne, mais c’est aussi tout simplement la démonstration d’une vérité sur notre potentiel. Bien sûr, tout ceci nécessite des ajustements, des évolutions de gouvernance, des apprentissages réciproques. Il convient que chaque pays apprenne le meilleur de ce qu’ont su faire les Allemands, mais aussi que les Allemands voient les atouts de ce que d’autres ont su réaliser. Et puis, je pourrais parler de bien d’autres pays. C’est l’apprentissage réciproque de nos différents modèles qui constitue notre force, notre atout.


Etats-Unis: marché immobilier toujours déprimé


Etats-Unis : confirmation du ralentissement au printemps

Je passerai sur le chart suivant, et je voudrais d’emblée arriver aux Etats-Unis car, comme je vous l’ai dit, il ne s’agit pas d’être béatement optimiste ni masochiste et catastrophique. Mais il s’agit de bien voir qu’il y a des risques, des zones d’incertitudes et des fragilités. Parmi celles-ci, il y a l’évolution des Etats-Unis qui pourrait peser sur la croissance économique mondiale. Nous sommes frappés de voir que de nombreux indicateurs américains sont toujours dans le rouge et donnent un sentiment de difficulté. Par exemple, ce graphique sur le marché immobilier américain qui est toujours très déprimé. Par exemple, et c’est peut-être plus frappant encore, le ralentissement très marqué, au cours du printemps : les chefs d’entreprise, c’est cet indicateur, américains ont des perspectives assez sombres, notamment dans l’industrie manufacturière. J’ai dit tout-à-l’heure les inquiétudes sur la position du Congrès et sur par conséquent l’évolution à court et moyen terme de la plus grande économie de la planète en termes de taux de croissance de ces dernières années.


Un fléchissement de la production industrielle

Tout ceci contribue, effectivement, à un fléchissement de la production industrielle, si on regarde les choses à l’échelle mondiale ces derniers mois. Ce fléchissement d’ailleurs, est très marqué pour les pays industriels, mais il est également observable dans les pays émergents. Les pays émergents souffrant notamment d’une inflation qui a conduit à des politiques monétaires restrictives et donc à des hausses de taux d’intérêt pénalisantes pour l’économie de ces pays.


Monde : l’hypothèse des finances publiques dans les économies avancées

Au total, je terminerai par ce tableau qui résume ce que je viens de vous dire sur la force de l’Europe et de la zone euro en particulier, comparée aux grands pays avancés, notamment si l’on regarde la situation des finances publiques. Les déficits publics de la zone euro, si l’on fait une moyenne, sont à des niveaux sans comparaison avec ceux du Japon par exemple ou des Etats-Unis. Nous sommes à -4,3 sur 2011, en prévisions 2011 en zone euro, alors que nous sommes à – 10 aux Etats-Unis et à – 9,7 au Japon. Je résume en un mot ce que je viens de dire, en un mot, plutôt en une phrase : moi, je crois que l’Europe va gagner. Aujourd’hui, les discussions sur l’aide à la Grèce peuvent sembler compliquées et difficiles et en même temps, l’objectif est clair pour tout le monde : il s’agit effectivement, de trouver le bon compromis, le bon ajustement entre l’aide qui va venir des états et la contribution volontaire du secteur privé, mais je crois que, à la fin, beaucoup considèreront que c’est notre modèle, le modèle européen qui est le plus prometteur pour l’avenir.

Temps de travail

Je vais quitter le terrain purement économique et également l’échelle internationale et européenne pour vous dire quelques mots sur les échanges que nous avons eus hier au Conseil exécutif sur un débat qui est revenu dans l’actualité depuis le week-end dernier et qui est au cœur de la convention qu’organise l’UMP aujourd’hui. Je veux parler bien sûr des 35 heures. Je pense que vous n’auriez pas compris que le Medef tienne une conférence de presse aujourd’hui sans parler des 35 heures. Alors, les choses sont assez claires : les 35 heures ont fait beaucoup de dégâts dans notre pays et continuent à en faire. Les dégâts ont été immédiats sur l’économie et il convient de ne jamais oublier la corrélation parfaite, indiscutable, entre la mise en place progressive des 35 heures à partir de l’année 2000-2001 et la dégradation régulière de notre commerce extérieur. Les 35 heures continuent à faire des dégâts, notamment parce que le dispositif 35 heures a créé dans les esprits l’idée que la base horaire était devenue une finalité dans le travail. Alors que ça doit être d’abord un moyen. Mais je crois que ce serait également une erreur d’aborder cette question de la durée du travail avec les mêmes termes et dans la même problématique qu’au moment du vote des lois sur les 35 heures. Depuis, beaucoup de choses ont changé. La France a changé. L’Europe a changé. Le monde a changé. Et que convient-il de faire et comment faut-il penser le sujet désormais ? Nous avons été unanimes hier au Conseil exécutif à dire que l’objectif que nous devions tous nous donner est celui de la compétitivité équitable. Et si on pense la durée du travail avec cette grille de lecture, alors on peut renouveler la réflexion. Penser la durée du travail à travers la compétitivité équitable, cela veut dire premièrement il faut que nos entreprises aient les mêmes moyens, les mêmes atouts que les entreprises allemandes, les entreprises anglaises, les entreprises du Nord de l’Europe, les entreprises avec lesquelles nous sommes immédiatement en concurrence. Et du point de vue de la durée du travail, cela veut dire que nous gagnerions en adaptabilité si la durée du travail devenait une durée conventionnelle. Une durée conventionnelle, cela veut dire une durée qui se négocie au niveau de l’entreprise, éventuellement au niveau de la branche. Ca, c’est un apport en souplesse qui nous rend plus compétitif ou plutôt également compétitif au sens de aussi compétitif et c’est bien de la compétitivité équitable car dans équitable, il y a le respect de chacun et notamment des salariés de nos entreprises. Si nous discutons la durée du travail avec les salariés de l’entreprise, via leurs représentants, nous sommes respectueux de ce qu’ils peuvent accepter, de ce qu’ils sont prêts à faire. Il y a là donc une approche qui est tout-à-fait intéressante et qui pourrait être gagnante-gagnante. Mais si nous continuons sur la logique de la compétitivité équitable, nous comprenons que ceci ne peut pas se faire avec une remise en cause en parallèle des allégements de charges. Pourquoi ? D’abord parce que les allégements de charges ne sont pas un cadeau. Les allégements de charges sont une nécessité. Sans ces allégements de charges, la situation de notre commerce extérieur serait bien pire encore. Je rappellerai, de ce point-de-vue-là que toutes les études des meilleurs experts démontrent que ce qui fragilise beaucoup notre potentiel d’exportations, c’est un peu l’évolution du taux de change et la parité euro-dollar, mais c’est beaucoup notre compétitivité coût. Et puis, surtout, je crois que si on veut vraiment avancer, si on veut sincèrement avancer tous ensemble parce que nous avons un intérêt commun à penser ensemble, il ne faut pas avancer avec cette façon de manier la carotte et le bâton : je te donne ça si tu me rends ça, ça ce n’est pas un jeu gagnant-gagnant. Les données économiques, elles sont objectives, elles sont incontestables, nous sommes en retard sur la compétitivité coûts et puis, par ailleurs, nous n’avons pas des niveaux satisfaisants d’évolution du pouvoir d’achat des salariés. Il faut donc ne pas remettre en cause les allégements de charges et si nous voulons aller un cran plus loin encore pour gagner la compétitivité, et toujours dans un esprit équitable, nous pouvons effectivement, et c’est ce que nous sommes en train de faire et qui sera révélé dans notre livre « Besoin d’Air 2 » en octobre ou novembre, nous pouvons effectivement envisager qu’une partie du financement de la protection sociale repose un peu moins sur le travail et un peu plus sur la consommation. Simplement, nous, nous disons très clairement qu’un tel mouvement doit profiter à la fois à la question du coût du travail avec donc une baisse de la cotisation employeurs, mais aussi profiter au salaire net des salariés, avec donc une baisse de la cotisation des salariés. Là, dans une telle approche globale, sans limite dans le temps, sans contrainte, nous pouvons avoir l’espérance de remplir cet objectif d’une meilleure compétitivité au service de tous. Il est évident que tous ces sujets seront abordés d’une manière très renouvelée, comme les pistes que je viens d’indiquer le montrent dans le Livre Blanc que nous publierons à l’occasion du lancement de la campagne pour l’élection présidentielle. Je terminerai simplement sur cette question de la durée du travail en vous disant qu’il était très important que la Chambre sociale de la Cour de Cassation reconnaisse la validité du forfait jours. Je crois qu’il faut intégrer cette décision pour justement penser la question de la durée du travail d’une manière vraiment différente de tout ce qui a été dit et débattu ces dernières années.

Dialogue social

Pour clore ce chapitre, et avant de répondre à vos questions, si à l’occasion de la campagne pour l’élection présidentielle et des débats qui vont se faire autour de ce sujet, il y avait une avancée à droite comme à gauche sur cette question, eh bien, à ce moment-là, il faudra que tous les candidats à l’élection présidentielle et tous les partis qui les soutiennent mesurent à quel point ces 5-6 dernières années, nous avons été capables d’avancer dans le dialogue social. A tous les niveaux. Il est tout-à-fait frappant de regarder les statistiques qui sont rendues publiques aujourd’hui par la Commission nationale de la négociation collective qui montre une évolution spectaculaire du nombre d’accords conclus au sein des entreprises, + 18 % d’une année sur l’autre, et de la même façon, regardons bien ce qui a été fait au niveau des branches et au niveau interprofessionnel ces dernières années : beaucoup d’accords majeurs. S’il y a donc un nouveau pas à franchir dans le dialogue social, c’est celui de la constitutionnalisation du dialogue social. C’est ça le mot-clef. C’est ça le concept qui permettrait à la France d’être à la pointe de la modernité sociale, c’est la constitutionnalisation du dialogue social.